Après vingt-huit mois de travaux et près de 4 millions d’euros d’investissement, le Foyer de vie de Scourdois, géré par l’association Le Nid d’Auvergne, a inauguré il y a quelques jours ses nouveaux locaux. Bien plus qu’une simple réhabilitation immobilière, cette transformation marque une profonde évolution de l’accompagnement proposé aux personnes accueillies et réaffirme une ambition forte : faire du foyer un véritable lieu de vie, ouvert sur son territoire et respectueux des choix et de l’autonomie de chacun.
Un projet mûri de longue date
L’histoire de cette rénovation débute en 2019 avec un important travail de réflexion associant les équipes, les résidents, les partenaires et l’architecte du projet. L’objectif était alors de recueillir les besoins, d’analyser les pratiques professionnelles et d’imaginer ce que pourrait être le foyer de demain.
Après ce temps de programmation, le permis de construire est déposé en 2022. Les travaux démarrent dans la foulée, tandis que la première pierre est officiellement posée en juin 2023. Deux ans plus tard, l’établissement dévoile aujourd’hui son nouveau visage.
Mais derrière les murs rénovés, c’est une véritable métamorphose qui s’est opérée.
Du résident à l’habitant
Pour Vincent Lloret, directeur du Foyer de vie, le projet architectural n’avait de sens qu’au service d’une ambition humaine.
« Permettre aux résidents de vivre dans un établissement qui ressemble davantage à un domicile qu’à un établissement », résume-t-il.
Cette transformation s’est construite autour de deux questions fondamentales :
- Comment aider les personnes accompagnées à devenir des habitants du foyer, plus que des résidents d’établissement ?
- Comment proposer, dans un territoire rural, une offre inclusive permettant à chacun d’exercer pleinement sa citoyenneté ?
Le résultat se traduit par des espaces plus adaptés à la vie quotidienne, favorisant l’intimité, les choix personnels et l’autonomie, tout en maintenant un accompagnement individualisé. L’établissement entend ainsi offrir un cadre de vie qui rapproche davantage les personnes accompagnées d’une expérience de logement ordinaire, ouverte sur la société et sur la vie locale.
Une inclusion durable en milieu rural
Cette vision est pleinement partagée par Marie-Claude Veysseyre, présidente du Nid d’Auvergne.
« Il s’agit de démontrer qu’il existe une forme inclusive durable dans les territoires ruraux », souligne-t-elle.
Dans un contexte où les questions d’inclusion sont souvent associées aux grandes agglomérations, le projet de Scourdois entend prouver que les zones rurales peuvent également offrir des réponses innovantes et adaptées aux personnes en situation de handicap.
L’inauguration a d’ailleurs suscité un large écho auprès des personnalités présentes. Parmi les invités figuraient notamment Madame la Sous-Préfète, la vice-présidente du Conseil régional, la vice-présidente du Conseil départemental du Puy-de-Dôme, le maire de Saint-Gervazy, ainsi que plusieurs représentants du Clos du Nid : Patrick Julien, directeur général, Michel Roux, représentant Jacques Blanc, président de l’association, et Michèle Laffont pour l’APEFAO, l’association des parents.
Un plaisir de rencontrer Christine Oziol, membre du CA du Nid d’Auvergne, fille de Joseph Oziol, cousin de l’abbé et premier salarié du Nid d’Auvergne.
Tous ont salué une réalisation exemplaire, associant qualité architecturale, innovation sociale et ancrage territorial.
Une histoire intimement liée à l’Auvergne
L’inauguration de ce nouveau foyer constitue également une occasion de revenir sur l’histoire singulière du Nid d’Auvergne.
Tout commence avec l’abbé Lucien Oziol. À 35 ans, alors qu’il s’interroge sur le sens à donner à son engagement, il assiste à Clermont-Ferrand à un congrès consacré à l’enfance et à l’adolescence. Il y rencontre le docteur Doussinet qui l’oriente vers l’accompagnement des personnes alors désignées, selon la terminologie de l’époque, comme des « débiles profonds »*.
Cette rencontre marque un tournant décisif. L’Auvergne occupera dès lors une place particulière dans son parcours. C’est à Clermont-Ferrand qu’il découvre le champ du handicap, qu’il se forme ensuite à la direction d’établissement et qu’il trouve les soutiens financiers et techniques nécessaires au développement de son action.
Face à l’augmentation des demandes d’accompagnement et au manque de places disponibles dans les établissements lozériens du Clos du Nid, l’abbé Oziol décide à la fin des années 1960 d’étendre son action en Auvergne. En 1969 naît ainsi l’association Le Nid d’Auvergne.
Souhaitant témoigner sa reconnaissance à cette région « chère à son cœur », il acquiert à Scourdois les anciens bâtiments de l’école technique EDF. L’établissement ouvre ses portes en 1971 avec seulement trois résidents. Dès l’année suivante, 73 personnes y sont accueillies.
En 1979, dans une première démarche d’adaptation de l’offre médico-sociale, la structure évolue pour devenir un foyer occupationnel principalement destiné aux personnes vivant avec un handicap psychique.
Le renouveau porté par un partenariat historique
Plus récemment, une autre étape importante est venue consolider l’avenir de l’établissement.
En 2017, le Nid d’Auvergne sollicite l’appui du Clos du Nid afin de bénéficier de son expertise et de son accompagnement. Joseph Oziol, cousin de l’abbé et premier salarié de l’établissement lors de son ouverture en 1971, joue alors un rôle déterminant dans ce rapprochement.
Comme l’a rappelé Marie-Claude Veysseyre, le conseil d’administration du Nid d’Auvergne trouve auprès de Jacques Blanc, président du Clos du Nid, « une oreille attentive et une ferme volonté de soutien ».
Cette coopération aboutit à la signature, le 13 décembre 2018, d’un contrat de mandat de gestion officialisant le partenariat entre les deux associations.
Un projet tourné vers l’avenir
Avec cette réhabilitation, le Foyer de vie de Scourdois ne se contente pas de moderniser son patrimoine immobilier. Il affirme une vision renouvelée de l’accompagnement, fondée sur le pouvoir d’agir des personnes, leur place de citoyens et leur participation à la vie sociale.
Fidèle à l’esprit pionnier de l’abbé Oziol, le site poursuit ainsi sa transformation en démontrant qu’innovation sociale, qualité de vie et inclusion peuvent pleinement s’épanouir au cœur des territoires ruraux.
*Expression employée à l’époque pour qualifier les personnes présentant des troubles du neurodéveloppement. Aujourd’hui, cette terminologie n’est plus utilisée et totalement inadaptée.